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Une communication audiovisuelle de l’histoire urbaine bruxelloise avec les Visites de mon Voisin

Interview réalisée par Camille Banse, UCLouvain

En 2018, Gaspard Giersé, pur produit bruxellois et complètement fasciné par la capitale belge, et sa voisine Vassilia van der Heyden, fondent « Les Visites de mon voisin ». Aujourd’hui suivi par 17.000 personnes sur Facebook et 6.000 sur Instagram, le projet s’est diversifié et offre, outre ses visites guidées, une découverte audiovisuelle de l’histoire urbaine bruxelloise. Ensemble, nous sommes revenu sur le projet et sur sa communication, sur le parvis Saint-Gilles à deux pas de l’Ægidium. Ce haut-lieu festif des années folles tombé dans l’oubli depuis 40 ans est à nouveau ouvert au public grâce aux « Visites de mon voisin ».

Quel est le concept des « Visites de mon Voisin » ?

Il s’agit en fait de beaucoup de choses en même temps ! À la base, on a créé un projet de visites guidées avec ma voisine, qui a d’ailleurs trouvé le nom. C’était des visites confidentielles, conçues pour nos amis, avec une volonté proposer une lecture transversale de la ville, tout en cassant les codes un peu poussiéreux de la visite guidée. Ainsi sont nées des visites comme « les marolles quartier subversif », ou « Bruxelles Metropole amnésique » ou « Bruxelles Centraal » avec en filigrane une dimension politique, puisque faire une lecture apolitique d’une ville serait une erreur que nous ne commettons pas (rires) ! La première année, on a seulement fait une visite une fois par mois, parfois la nuit, en incluant un peu d’urbex, et ça a super bien fonctionné. On envoyait des images d’archives - une vieille photo, une carte, un document - en temps réel via des groupes WhatsApp. Après cette première année très secrète, on a ouvert le projet au grand public et ça a tout de suite bien fonctionné. Ensuite, sont venus les réseaux et Photoshop. Pour alimenter nos réseaux, j’ai commencé à faire des visuels sur Bruxelles, coloriser des vieilles photos, créer des images avec des façades isolées, en utilisant les ficelles de l’artistique pour faire du pédagogique.

Ensuite, sont venues les vidéos, notamment sur la mémoire. J’ai commencé à interroger des personnes âgées, particulièrement bruxelloises et parfois pratiquement centenaires. Le premier, c’était mon grand-père qui nageait dans le canal dans les années ‘1920. Puis, j’ai fait Paul Sobol, qui est un rescapé de la Shoah, et Andrée Dumon, résistante du réseau Comète. À la suite logique de cela, la RTBF est arrivée avec Plan Cult, et ma séquence qui s’intitule « Murs et Merveilles » ou je parle de bâtiments et d’histoire, mais également avec un angle et une esthétique originale. Avec un petit esprit youtube en toile de fond, c’est pas habituel. Bref beaucoup de choses ! Le point commun entre tous ces projets, c’est vraiment principalement l’histoire, l’urbanisme, et les vieilles pierres … mais c’est assez protéiforme.

Quelle est votre formation ?

Je suis historien de l’art. Mais j’avoue que l’histoire m’a apporté plus que l’histoire de l’art ! Plus j’ étudie l’histoire, plus ma compréhension de l’art est illuminée (rires). Un des points d’ancrage de mon projet c’est de dire que les bâtiments parlent des sociétés, et que les villes sont les portraits d’une série d’identité. À partir du moment où on lit les sociétés du passé à partir des bâtiments qu’elles ont créés, on peut parler à un public non spécialiste, et faire des liens. Mon but, c’est de décloisonner, de faire venir un public plus jeune qui ne mettrait jamais un pied dans une visite guidée en temps normal. Et avec la pratique de la scène – via la musique – et en travaillant sur l’art de la parole, et du corps, je suis arrivé à ce que les gens vivent quelque chose. Ca ne s’improvise pas, une visite guidée qui fonctionne c’est, à mon sens, très exigeant.

À ce propos, quel est le public des visites de mon voisin et comment intéresser le plus grand nombre à l’histoire en général ?

Avec Vassilia, on s’est dit qu’il y avait une carte à jouer pour proposer des visites d’un nouveau genre. Si je peux me permettre de caricaturer un peu, l’offre Bruxelloise affiche deux tendances. Une tendance traditionnelle, avec un contenu potentiellement de qualité, mais pas assez vivante. Et la tendance « free tours » avec des guides plutôt jeunes et assez fun mais qui n’ont jamais ouvert un livre d’histoire qui racontent n’importe quoi.
On a voulu se positionner au milieu de tout ça, avec un contenu qui soit scientifiquement épais, compact, et pertinent et, en même-temps, en prenant les gens dans un tourbillon vivant et parfois drôle et décalé. Grâce à notre communication et au bouche à oreilles, on a vu arriver un public plus jeune, la tranche 20-40 ans, et très bruxellois, puisque c’est pas du tout un projet touristique. Ceci dit tout le monde est bienvenu, et toute la pyramide des âges est représentée dans notre public, mais c’est normal qu’un projet attire des gens qui ressemblent un peu à ses concepteurs. Et en réalité c’est la communication sur les réseaux nous a permis de nous affirmer comme un opérateur original, ce qui a mis en confiance un certain public, qui a du coup osé venir.

Quel est le rôle des réseaux sociaux dans votre projet ?

Centralissime ! Sans les réseaux sociaux, le projet n’existe pas. Je les alimente héroïquement avec des images, des montages, des vidéos… Il y a un gros travail sur les textes aussi, puisqu’il faut compacter l’information au maximum, et la rendre digeste sans la trahir.
En fait, c’est le ton qu’on a mis en place, un peu décalé, parfois familier ou irrévérencieux , qui a attiré un certain public. Ce qui forge une communauté sur les réseaux, c’est une langue commune et j’ai beaucoup travaillé sur cette question. J’ai le sentiment que beaucoup de gens se tiennent éloignés de l’histoire, parce que c’est une langue qu’ils ne connaissent pas. Si je sonne trop académique, je vais effrayer le grand public , alors que je peux dire exactement la même chose de manière accessible, grâce à une petite torsion de langage.

Une journaliste m’a dit une fois que j’étais un influenceur culturel. C’est-à-dire une présence incarnée sur les réseaux. Je suis « Le voisin ». Parfois dans la rue on me dit « ah bonjour le Voisin ». Et c’est vrai que les réseaux exigent cette idée d’incarnation, d’interlocuteur, qui s’accompagne d’une forme de théâtralité. D’ailleurs le voisin, ce n’est pas Gaspard Giersé. C’est une interface, presque un personnage de fiction. Ceci dit, les réseaux sont une bonne école à certains égards, j’y ai appris beaucoup de choses sur la transmission par l’émotion, que je mobilise dans mes visites. À l’Ægidium, par exemple, je sais que les gens ne vont pas retenir tout ce que je leur dis. Ce qui est important c’est que je leur donne des clefs pour qu’ils puissent ressentir en temps réel l’émotion d’être dans un lieu pareil, et tellement chargé. Bon, s’ils retiennent tout je suis ravi bien sûr !

Et dans tout cet exercice, le rire occupe une place essentielle. j’utilise l’humour comme une pure arme de cohésion. Si les gens rient, ils sont avec moi, et ils vont écouter avec beaucoup plus d’attention un contenu plus dense. En fait je mobilise les codes du spectacle parce que c’est beaucoup plus efficace pour obtenir l’attention que les codes de l’école. Et puis c’est plus amusant pour tout le monde. À l’Ægidium, j’ai créé une sorte de spectacle, qui s’appelle d’ailleurs « l’Ægidium & le Voisin ». C’est un duo, entre le bâtiment et moi. Il y a de la mise en scène, j’implique le public, je joue avec mes lampes torches, pour les emmener dans des salles sombres, et mettre en lumière des détails, j’utilise les portes qui s’ouvrent et qui se ferment. J’ai un baffle et je me sers de musique à certains moments, et parfois je fais un peu d’autodérision sur le concept même de visite guidée.
En fait quand on est face à une vingtaine d’inconnus et qu’on leur parle, il faut se les mettre dans la poche en très peu de temps, ce qui est un acte de charlatan, quelque part ! Le début est très important. Comme une ouverture d’opéra, mes introductions sont toujours des moments très mis en scène et bien réglés. Quand il fait beau, je commence parfois par sermonner les gens en leur disant que par un temps pareil, il feraient mieux d’être en terrasse avec un cocktail, plutôt que de venir s’ennuyer à une visite guidée. Ca pose le cadre de manière très efficace (rires)
Pour revenir à cette question d’émotion si importante, j’ai brièvement donné des cours d’histoire en secondaire, notamment sur la première guerre mondiale. Et c’est là que j’ai testé des méthodes plus immersives, en mettant les élèves en situation, au fond d’une tranchée, une minute avant l’attaque. Une fois qu’ils ont se sont projeté dans cette situation terrifiante, ils ont beaucoup plus envie de connaître les tenants et les aboutissants de ce conflit. C’est d’une efficacité redoutable !

Comment l’Ægidium a-t-il été déniché ?

Il se fait que je connais pas mal Bruxelles, que j’observe et que j’explore depuis toujours. J’ai découvert l’Ægidium un peu par hasard, quand j’avais vingt ans. Il y avait une performance organisée un soir, la porte était ouverte, et je suis entré. Dans la grande salle mauresque, il y avait un vieux projecteur de cinéma qui émettait de la lumière, le reste du bâtiment était plongé dans l’obscurité et il n’y avait personne. J’étais avec une amie et on a littéralement halluciné, c’était presque trop beau pour être vrai ! Quand on a lancé « Les Visites de mon voisin », en 2018, il m’a semblé évident de commencer par là. En moyenne, j’ouvre l’Ægidium un week-end par mois, donc ça commence à faire pas mal de visites. Ce qui est une bonne chose d’ailleurs, puisque j’ai façonné ce petit spectacle au fur et à mesure, en fonction de la réaction des gens. J’ai essayé plein de choses, et j’ai gardé ce qui fonctionnait. Donc la répétition des visites a beaucoup apporté à la qualité de l’expérience .
Bruxelles est un terrain de jeu intéressant pour mon projet. J’ai eu un ami italien qui est venu s’installer à Bruxelles et était au départ bien perplexe sur cette ville ! Il m’a dit que mon travail avait changé sa perception. En effet, il y a une idée que je distille souvent : ce n’est pas la beauté qu’il faut chercher à Bruxelles, parce que l’histoire chahutée de cette ville a généré urbanisme chahuté. Ce qui est intéressant, c’est que l’identité bruxelloise est en creux. Une identité réelle mais sans fierté, construite par des gens qui ont été dominés pendant des siècles par des puissances étrangères. L’humour bruxellois est un humour qui vient d’en bas, qui se moque des puissants. L’anti-Paris, à certains égards ! Ici il n’y a pas de dogme, grâce à notre identité morcelée, et il y a donc des grands espaces de liberté. Donc il ne faut pas chercher la beauté dans l’harmonie, mais bien dans le chaos. La ville percole sur les humains qui y habitent. Les humains fabriquent la ville et la ville fabrique les humains.
Et sinon j’ai un rapport amour-haine avec Bruxelles, je suis parfois sans pitié pour cette ville capable du pire comme du meilleur… À la fin de la période Art Nouveau, il y a des bâtiments très hybrides, entre les styles néo-historique et Art Nouveau, que je trouve personnellement tout à fait affreux. Ce sont des œuvres d’art, donc quand c’est mal proportionné, je ne me gêne pas pour le montrer aux gens. Après, ça n’engage que moi, mais il y a des bâtiments tellement moches qu’ils sont capables de me mettre mal à l’aise ! Et ça aussi, ça fait rire les gens et ça les décomplexe. Le monde des amateurs d’architecture apparaît de l’extérieur comme une caste, ou les choses sont « sérieuses et intéressantes ». Je prends un malin plaisir à casser tout ça.

Quels sont les financements pour ce type d’initiatives ?

Il n’y a pas vraiment d’aides, mais les visites que je fais sont toujours complètes assez rapidement. Vassilia van der Heyden, qui a été longtemps productrice dans le monde culturel, a créé une asbl et, en bonne capitaine, garde le cap du navire. Le projet « les Visites de mon voisin » et la petite notoriété qu’il me donne ont servi de tremplin pour d’autres commandes plus consistantes. J’ai pris la direction artistique d’un livre sur Anderlecht, qui s’intitule « Anderlecht dans l’Œil des photographes »1 et qui sort le 15 novembre. Cette année j’ai réalisé un projet passionnant avec Benoit Lemmens, une installation immersive avec une reconstitution en 3D de l’Hotel Aubecq, la première maison de Victor Horta qui a été détruite en 1950. C’est une salle d’expo qui se trouve au Lab-An, le laboratoire Art Nouveau récemment installé à côté de l’Hotel Van Eetvelde.
Mais pour en revenir aux questions de trésorerie, gagner de l’argent avec les visites guidées, ça a été un travail de titan au début. Il faut trouver du public et créer une communauté sur les réseaux, ou alors travailler avec le tourisme, ce qui n’est pas du tout mon cas. Aujourd’hui c’est confortable, parce que j’ai plus de public que je ne fais de visite, c’est un grand luxe. Et je crois que ma situation est assez unique. Soyons honnêtes, on ne peut pas demander des sommes trop importantes pour une visite. D’ailleurs notre politique a toujours été de rester démocratique. Mais quand on voit les compétences très variées que je mobilise, et les sous que tout cela rapporte, c’est peu rentable ! Dans le projet les visites de mon voisin il y a le versant scientifique, le versant théâtral, la communication, la vidéo, l’image.. Je suis au four et au moulin je dois bien dire, et il a fallu beaucoup de passion pour que je puisse travailler autant sur ce projet ! Ceci dit, j’ai pas mal réduit la voilure des visites guidées pour me consacrer à la suite.

Quel est votre prochain projet ?

Il y a plusieurs fronts ouverts, comme d’habitude ! Je travaille sur un livre avec tous les visuels et les histoires que je publie sur les réseaux. Je commence à donner cours d’histoire de l’architecture à l’Institut supérieur Royal d’histoire de l’Art et d’Archéologie de Bruxelles, au cinquantenaire. Je m’occupe de projets variés, comme par exemple créer les couvertures de la revue Natrimoine, qui a pris le relais des « Nouvelles du patrimoine ». Le gros dossier du moment, c’est de créer avec mon acolyte Benoit Lemmens une boite de numérique pour les musées, suite au succès de « Aubecq Fragments ». C’est un aboutissement de ma pratique, puisqu’il y a de la narration, de la musique et de l’image en mouvement. L’idée est, de nouveau, de se mettre à la croisée des chemins entre les expositions immersives et l’univers des musées. Il y a aussi les séquences Murs et Merveilles pour la Rtbf, et puis quelques visites guidées. En essayant comme toujours de mettre les bons ingrédients dans la soupe !

Et quels en sont les bons ingrédients ?

Alors là, vaste question. Il y a plein de manière de faire, mais en ce qui me concerne : créer une narration qui relie des contenus factuels avec un large spectre des émotions. Tout le talent du cuisinier, c’est de bien doser. Il faut aimer les sujets dont on parle, aimer les transmettre et les vivre. Reconnaître aussi qu’on est un acteur et un orateur. Il faut aussi bien choisir sa ligne éditoriale, sélectionner ce qui est intéressant, vulgariser, faire des liens avec le présent et avec les expériences des gens.

À l’inverse d’un article scientifique qui brosse un sujet, ici, il s’agit d’allumer une étincelle dans les yeux du public. Aussi décomplexer le principe de visite guidée, et traiter les gens comme des amis. Il faut faire preuve de leadership, mais plutôt dans une version soft power. Une visite guidée, c’est une fenêtre s’ouvre pendant une heure ou deux. Et pendant ce temps, des gens vous suivent, vous écoutent et interagissent dans l’espace. Donc il faut assumer que c’est vous le patron. Avec discrétion, humour, avec science, avec le langage du corps, avec la voix, toutes les options sont bonnes. Mais sans leadership, ça ne marche pas.

- Camille Banse, Université Catholique de Louvain / Contemporanea

Webreferenties

  1. ses visites guidées: https://www.lesvisitesdemonvoisin.com/les-visites
  2. découverte audiovisuelle de l’histoire urbaine bruxelloise: https://www.facebook.com/VisitesdemonV
  3. l’Ægidium: https://auvio.rtbf.be/media/plan-cult-l-aegidium-un-tresor-bruxellois-cache-au-coeur-du-parvis-de-saint-gilles-3019563
  4. via des groupes WhatsApp: https://www.rtbf.be/article/visitez-bruxelles-autrement-avec-les-visites-de-mon-voisin-10916542
  5. résistante du réseau Comète: https://www.cometeline.org/cometorgnameDumonandree.htm
  6. Plan Cult: https://auvio.rtbf.be/mot-cle/gaspard-le-voisin-540077
  7. réseaux sociaux: https://www.facebook.com/VisitesdemonV
  8. Ægidium: https://auvio.rtbf.be/media/plan-cult-l-aegidium-un-tresor-bruxellois-cache-au-coeur-du-parvis-de-saint-gilles-3019563
  9. l’Hotel Van Eetvelde: http://hotel-aubecq.be/

Referenties

  1. GIERSÉ Gaspard, Anderlecht dans l’oeil des photographes, Bruxelles, Weyrich, 2023.